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Lettre de coming-out à mon oncle, frère de mon père

 
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MaudeB
grande chenille

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 MessagePosté le: 30/12/2013 22:04:14    Sujet du message: Lettre de coming-out à mon oncle, frère de mon père Répondre en citant Back to top

Bonjour,

Je publie sous format PDF la lettre de coming-out que j'ai fait parvenir à mon oncle, prêtre missionnaire, dans les dernières minutes.

On m'a souvent dit que j'avais un talent pour l'écriture. Un talent c'est fait pour être partagé. Vous pouvez adapter votre texte en copiant du mien si cela vous chante.

Je ne le fais pas pour me faire remarquer, seulement parce que ce sont des lettres pas faciles à écrire et que l'on a souvent besoin de toute l'aide disponible.

Bonne lecture !

Maude

Fichier: http://www.sendspace.com/file/qgs3k2

Edit:

Je la paste aussi ci-bas pour ceux et celles qui ne s'y retrouvent pas avec PDF:

Bonjour Oncle,

Tu reçois ce courriel d’une personne dont le prénom ne t’est pas familier mais qui partage le même nom de famille. La famille c’est ce qui nous unis toutes et tous et j’ai été pour toi un neveu pendant 49 ans. Tu m’as connue dès ma naissance sous le prénom de Gars. Ce prénom je l’ai assumé pendant 49 ans mais le genre qu’il désigne ne m’a jamais appartenu, n’a jamais été une partie intégrale de ma personnalité telle que je la reconnais aujourd’hui. Cette démarche est mienne depuis maintenant 6 mois mais aurait pu être débutée dès l’âge de 7 ans. Déjà à cette époque je voyais bien que quelque chose n’allait pas, que je ne m’intégrais pas comme les garçons de mon âge.

Father, c’est surtout au prêtre à qui je m’adresse aujourd’hui. Tu es mon oncle mais aussi la personne dans la famille qui, à l’exception de Jean-Paul, me connaît le mieux selon nos échanges récents. C’est pourquoi j’ai décidée de te confier l’essentiel de ma démarche auprès de ma travailleuse sociale et de mon psychiatre. Dans l’espoir que tu sauras faire la différence et sachant pertinemment que tu ne porteras pas de jugement. Tu en as trop vu et je suis convaincue que mes petites histoires de changement d’identité de genre ne sont rien si on les compare avec toute la misère que tu as rencontrée dans ta vie de missionnaire.

Eh oui. L’expression est maintenant dite. Identité de genre. Ce qui fait que l’on se reconnaît homme ou femme, le genre auquel nous sommes convaincus d’appartenir. Dès la naissance, pour plus de 99.5% des gens, le genre qui nous est assigné par notre physique sera celui avec lequel nos croyances, nos habitudes et nos perceptions seront ancrées dans notre esprit. Et ça s’arrêtera là pour ces 99.5%... Note que je n’écris pas 100% des gens. Car il y a ceux et celles qui, comme moi, chevauchons le fil du rasoir n’étant pas certain(e)s de qui nous sommes. Le fil du rasoir n’est pas un sentier très agréable et sécuritaire à parcourir. Toujours peur de tomber d’un côté ou de l’autre et la voie est étroite.

J’aurais pu ne jamais m’interroger sur mon identité masculine n’eut été de plusieurs évènements qui ont parsemés ma vie dès l’âge de 7 ans. Sans entrer dans tous les détails « techniques », disons simplement que j’avais beaucoup plus d’affinité avec le genre féminin que masculin. Pourtant mon corps était et est encore celui d’un homme, garçon à cet âge. Comment en vient-on à douter de ce que nous sommes ? Selon ce que me raconte Père, tu as su très tôt que tu voulais être Prêtre et tu n’as jamais dévié de ta Voie. Disons que dans mon cas, j’ai dû procéder par élimination plutôt que par conviction.

Je me suis aperçue très tôt que je n’avais pas beaucoup en commun avec les autres « gars ». Pas bonne, mais alors pas du tout, dans tout ce qui touche le sport ou l’activité physique, pas d’attirance pour la chamaille et tout ce qui fait partie de la vie des petits garçons. Pas de petits camions et de petits chantiers de construction. Un intérêt marqué pour les sciences par contre. Dès 1968 je me passionnais pour les astronautes et tout ce qui touchait l’espace.

OK, une intellectuelle donc. Mais d’être intellectuelle ne fait pas de nous une femme me diras-tu et tu as raison. Privée de stimuli franchement féminins, c’est dans les dessous de ma mère que j’allais me réfugiée, en cachette. J’y trouvais enfin un réconfort mais je savais aussi que c’était « interdit ». J’ai donc fait connaissance avec le concept de contradiction très tôt. Ça s’est accentué à l’adolescence. Avec cette poussée hormonale je souhaitais me démarquer enfin des autres et afficher qui j’étais. Mais la grande question c’est : qui étais-je donc ? Qu’étais-je donc ?

Encore une fois, évitons les détails trop techniques mais saches que j’ai beaucoup folâtré avec des choses typiquement féminines telles que maquillage, permanente pour les cheveux, bottes hautes de femmes etc. Toutes choses qui ne m’ont pas été « strictement » refusées mais qui ont été probablement jugées comme un passage, quelque chose qui ne durerais pas. Je ne veux absolument pas porter de jugement sur l’éducation que j’ai reçue, mes parents ayant été plus que bons pour moi. Mais toutefois, on ne m’a jamais « interdit » d’explorer ce côté féminin et on l’a un peu encouragé par une non-intervention.

Fast Forward. Toute ma vie durant j’ai été séduite par les femmes et ai toujours associé cet état de chose au fait que j’étais un « gars normal ». Les gars « normaux » sont attirés par les filles n’est-ce pas ? Oui mais moi ce que je ressentais c’était, et c’est toujours, de l’envie. L’envie dans le sens de possession. Non pas possession comme dans sexualité mais plutôt au sens de posséder ce qu’elles avaient, ce qu’elles représentaient. On m’identifiait comme un homme mais j’agissais comme une femme. Pas efféminé mais dans mes réactions, ma façon de voir la vie. Cette grande ouverture, ce besoin de parler et d’échanger, je ne le partageais pas avec les hommes de mon époque et peu d’hommes sont aussi ouverts au jour d’aujourd’hui, et ce, même dans notre société dite évoluée.

Au final, ma féminité s’est exprimée aux différentes époques de ma vie par des épisodes de travestisme quand j’en avais la liberté. Ce refuge que j’avais découvert à 7 ans dans les dessous de ma mère, je souhaitais le réintégrer, m’y vautrer. Mais ça aussi c’est « interdit »… Donc on fait ça en cachette et la honte nous submerge quand on pense à ce qui arriverait si l’on se fait prendre. Mais c’est tellement « évident » qui l’on est quand on est habillée dans l’autre genre, on se sent si bien que l’on continue. Jusqu’à ce que l’on se fasse prendre en flagrant délit par ma femme de l’époque. Ça a accéléré un processus de divorce qui était déjà sous-jacent.

Par la suite, j’ai eu toute la liberté voulue pour le travestisme mais jamais n’osais-je pousser la réflexion plus loin. C’est ce pourquoi je n’arrivais jamais à me satisfaire. Je SAVAIS, je SENTAIS que j’étais plus une femme qu’un homme mais il y avait cette méconnaissance de la transsexualité et ce manque de connaissance n’a été comblé qu’en 2009. C’est à cette époque que Maude est née. Électroniquement et intellectuellement j’avais maintenant une existence propre.

Cette démarche que j’ai commencée ce printemps aurait dû avoir lieu en 2009. Malheureusement, Elle est apparue en 2010 et ce furent trois ans de misère et d’abus psychologique qui suivirent. Mais au sortir de cette relation en mars dernier, j’ai SU. J’ai SU que je ne reculerais plus jamais devant qui j’étais et que je devais exprimer enfin qui j’étais réellement. J’ai dû remonter la pente, reprendre confiance en moi mais mon identité s’est affirmée et m’a soutenue. J’ai embrassée Maude et je ne reviendrai PAS en arrière.

Oncle, tout ce que ta raconte-là est encore presque inconnu de Père. J’ai choisis de te le partager parce que je me sens proche de toi aussi. Ce qui m’attend ? Un traitement hormonal pour mettre mon corps en synchronisme avec ma tête, ma personne. D’ici 6-9 mois, un changement radical dans ma façon de vivre. Temps d’exprimer qui je sens, qui je sais être. Temps de vivre comme une femme. Temps pour Maude. Il me reste statistiquement au moins 30 ans de vie. J’ai jeté un regard sur les 50 premières et n’ai pas aimé ce que j’ai vu. Il est temps de vivre autrement. De VIVRE tout cours. De vivre PLEINEMENT, en accord avec qui je suis à l’intérieur. C’est provocateur mais tellement évident pour moi.

Je sais que je perdrai des gens, des amis, de la famille dans l’aventure. C’est le prix que doivent payer toutes les transsexuelles. Mère ne pourra jamais savoir entre autre. J’ai déjà perdu deux amis. Des gens qui à l’origine m’encourageaient mais qui n’ont pas fait suivre leurs écrits plus loin que « vas-y, on t’encourage ». « Let’s go » mais ne nous en parles plus. Nous ne répondrons plus. Tu auras aussi ce choix. Tu peux y perdre un neveu ou y gagner une nièce. Je sais aussi que tu peux pardonner. Je ne sais pas par contre ce qui m’attend avec Père et le reste de la famille.

Je sais surtout que je ne peux plus qu’avancer. Si on n’avance pas, même en restant immobile, on recule de toute façon parce que le monde autour nous dépasse. J’ai jurée de ne plus jamais reculer. Alors il ne me reste qu’à avancer. C’est ce que je fais par cet écrit, cet aveu. Mais pas un aveu au sens d’admettre une faute mais plutôt l’aveu pieux que l’on n’a qu’une vie à vivre jusqu’à preuve du contraire et qu’il faut en faire une réussite. Comment juge-t-on la réussite ? En regardant en dedans de soi et en disant « Je t’aime » à qui l’on voit.

J’ai choisie d’aimer qui je suis… J’ai choisie d’aimer Maude…

Godspeed !

Maude
_________________
Maude
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 MessagePosté le: 30/12/2013 22:04:14    Sujet du message: Publicité Back to top

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